archéologie expérimentale
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Fabriquer un pot avec de l'argile

 

La céramique ou comment fabriquer un pot en argile ?

Fig.1 - Vases néolithiques du Rubané découverts en Alsace (Dessin © J. Sainty)

 

Les plus anciennes poteries retrouvées à l’occasion de fouilles préhistoriques datent du Néolithique. L’invention de la poterie atteint l’Europe occidentale en même temps que se diffusent les nouveaux modes de vie agricole et pastorale.

La céramique préhistorique est essentiellement modelée à la main. La céramique tournée n’apparaît que vers 500 av. J.-C. L’étude des poteries révèle que, dès l’origine, des différences régionales se sont affirmées : formes, décors se modifient suivant les cultures et le déplacement de ces populations. La connaissance des types caractéristiques de tel ou tel faciès culturel permet à l’archéologue de compléter et d’affiner la chronologie du Néolithique.

Comment fabriquer un vase ?

 

1. - LE FAÇONNAGE

La matière première est l’argile, une terre très répandue dont on trouve différentes variétés dans l’Est. A cette terre il faut parfois ajouter un dégraissant, c’est-à-dire une matière qui facilite le modelage et le séchage des argiles trop grasses. Ce dégraissant peut être du sable fin, des tessons pilés, des coquilles d’escargots broyées, de la paille, des poils ou des plumes d’animaux. Certaines terres qui ne sont pas trop grasse peuvent être utilisées sans dégraissant.

Une fois extraite, l’argile demande à être purifiée et débarrassée des impuretés susceptibles de faire éclater la poterie à la cuisson (petites particules calcaires par exemples). Pour cela on peut :

  • Soit faire décanter l’argile liquide puis la filtrer
  • Soit la sécher, pour la réduire en poudre et la tamiser

Il faut ensuite battre la terre avec un bâton ou la taper sur une surface dure horizontale pour supprimer les bulles d’air qui pourraient, elles aussi, faire éclater le pot à la cuisson.

Après ces deux opérations, on rajoute le dégraissant en le mélangeant à la pâte par petites quantités et on bat le tout comme précédemment pour obtenir une pâte fine et facile à travailler.

Le montage du pot se fait le plus souvent par la méthode dite au colombin. C’est l’assemblage de boudins d’argile superposés et soudés par pression, en donnant  au pot la forme voulue. Il existe aussi le façonnage dit « à la motte » où l’on modèle directement l’argile dans la main pour obtenir des pots de petite taille, des cuillères… Le fond de certaines marmites peut aussi être moulé en tapissant le fond d’un panier, ou un pot cassé, de plaques d’argile puis le pot est terminé au colombin.

Vient ensuite le traitement de surface ; une fois monté, le pot est soigneusement lustré c’est-à-dire frotté encore humide à l’aide d’un galet jusqu’à obtention d’un beau poli. Cette  technique s’applique surtout aux poteries fines ; les pots plus volumineux sont généralement lissés à la main.

Le décor : les chevrons et lunules décorant fréquemment la céramique fine sont dues en général à des incisions continues faites dans la pâte encore molle à l’aide d’un outil pointu ou par impression à l’ongle. Les pots les plus gros peuvent être décorés par pincement de la pâte en surface entre le pouce et l’index. On y applique souvent des mamelons ou des anses perforées qui facilitent la préhension ou la suspension. Ce rajout d’argile peut se faire soit directement sur le pot légèrement scarifié et enduit de barbotine, soit sur une zone préalablement pincée. Le séchage doit se faire lentement dans un lieu sec, abrité des courants d’air et du soleil, pour éviter que les pots ne se fendillent.

Fig.2 - Fabrication expérimentale d'un vase néolithique : schéma opératoire (Dessin © J. Sainty)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Planche de gauche

Fig.1 Battage de l'argile pour homogénéiser la pâte et éliminer les bulles d'air; Fig.2 les colombins sont roulés très rrégulièrement en utilisant toute la surface des mains, de faible diamètre (1cm environ) et de quelques dizaines de centimètres de long. Fig.3

Après avoir aplati une petite boule d'argile, le premier colombinb est positionné et enroulé pour réaliser la base du pot. Fig.4 Avec une main en soutien, les colombins sont superposés et soudés entre eux. Fig.5 Au fur et à mesure que la forme du pot monte, les parois sont lissées sommairement au doigt.. Fig.6 Après avoir fixé des petites oreilles de maintien, la fabrication du pot est achevée.

Planche de droite

Après avoir lissé la pâte encore humide du pot à l'aide de la main mouillée ou d'un lissoir. Cette opération a pour but desupprimer les aspérités. La surface extérieure est décorée par impressions ou incisions.. Fig. 1 et 2 Décor par impressions. Le décor sous le rebord (sorte de lunules) est obtenu par pression oblique d'un petit cylindre en bois sur la surface plastique de l'argile. Fig. 3 et 4 Décor par incisions. Avec un poinçon en os ou un petit cylindre en bois à extrémité tranchante on entaille l'argile sur 1 ou 2 mm de profondeur. Fig.5 Ensemble de pots décorés.

 

 

LA CUISSON

La cuisson des pots s’effectue en 4 étapes (d’après cuisson expérimentale)

 

1.Préparation et séchage de l’aire de cuisson. Une fosse de deux mètres carrés de surface et de quarante centimètres de profondeur est aménagée dans le sol. Le sédiment qui sera réutilisé en fin de cuisson, est déposé en bourrelet autour de l’excavation. De petits feux de brindilles et de bois très sec sont allumés au fond de la fosse pour sécher l’assise où  sera déposée la fournée à cuire. Les pots sont disposés sur la périphérie de la fosse afin de supprimer les dernières traces d’humidité.

2.Disposition des pots et empilement du bois. Sur un lit de branches vertes, les pots sont empilés en pyramide et disposés de façon à ce que les petits entourent les plus volumineux pour équilibrer l’ensemble et mieux répartir la chaleur de la cuisson. On commence par former un entrelacs de bois vert pour protéger les pots de l’éventuel effondrement du bûcher. Puis le bois sec est dressé jusqu’à ce que la pyramide soit complètement recouverte et forme une sorte de meule.

3.La cuisson. Il faut allumer d’abord sous le vent de petits foyers sur le pourtour. Ceci évitera aux pots de subir une trop brutale variation de température et d’éclater. On allume ensuite le feux au vent et les flammes vont se rabattre vers le centre du bûcher. La combustion devra se faire lentement, de l’ordre de 1h30 à 2h jusqu’à ce que les pots soient recouverts de charbon de bois.

4.Fin de cuisson et refroidissement. Le foyer formé de charbons incandescents est recouvert de terre. Les pots se trouvent désormais en milieu réducteur. L’ensemble devra refroidir lentement (4 à 5 h). Puis les pots seront défournés et prêts à l’emploi.

 

 

Fig. 3 - Cuisson expérimentale de céramiques : schéma opératoire (Dessin © J. Sainty)

 

 

Fig.4 - Vase rubané en forme d'oiseau (dessin © J. Sainty)

 

Fig.5 - Vase de type Rubané - Production expérimentale (© J. Sainty)

 

 

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